L’équilibre de l’esprit peut être sévèrement éprouvé par des défis qui nous touchent tous, directement ou indirectement.
Parmi ceux-ci, la démence — qu’elle survienne après un AVC, avec le vieillissement, ou dans le cadre d’une maladie neurodégénérative — occupe une place à part. Elle ne frappe pas seulement la personne atteinte, mais aussi ceux qui l’aiment.
Pour la personne concernée, les premiers signes de la maladie sont souvent une source de profonde souffrance : la prise de conscience de ses facultés qui s’effacent, l’angoisse d’un monde devenant de plus en plus incompréhensible. Pour les proches, c’est un autre combat : celui de voir un être cher s’éloigner jour après jour, tout en portant le poids physique et émotionnel de l’accompagnement.
Comment apaiser ces souffrances partagées ?
J’ai découvert un texte bouleversant de Sébastien Xhayet, qui offre des repères précieux. Ce n’est pas un manuel médical, mais une boussole humaine : comment se comporter avec une personne dont la mémoire vacille, dont la réalité se fragmente, et qui lutte souvent en silence contre l’anxiété dans un monde devenu étranger.
Ce texte est une main tendue.
Qu’il vous apporte clarté, guidance, et qu’il allège peut-être le fardeau qui pèse sur votre cœur.
« Si un jour je suis atteint de démence ou de la maladie d’Alzheimer, je souhaite que ma famille et mes proches affichent ce texte là où je vis. Qu’ils s’en souviennent, en absorbent le sens et s’y réfèrent chaque fois que mes repères commenceront à vaciller. »
Si un jour je suis atteint de démence :
Annoncez doucement votre présence. Chaque fois que vous entrez dans la pièce, présentez-vous simplement : « Bonjour, c’est [votre prénom]. » Ne me demandez pas si je sais qui vous êtes. Ce genre de question peut profondément me déstabiliser, me faire douter ou me plonger dans l’angoisse.
Entrez dans ma réalité. Si je parle de rendre visite à mes parents ou d’attendre quelqu’un qui n’est plus là, ne me reprenez pas. Rejoignez-moi dans cette réalité, même si elle n’est pas la vôtre. Elle peut sembler confuse, mais elle me rassure.
Ne remettez pas en cause ce que je crois. Mon esprit peut m’emporter vers des lieux et des temps incertains. M’opposer des vérités brutales ne ferait qu’accentuer ma confusion. Accordez-moi le droit d’avoir mes propres repères, aussi discordants puissent-ils paraître.
Ne prenez rien personnellement. Si je ne vous reconnais pas, ce n’est pas un rejet. C’est ma mémoire qui me trahit. Même si mes mots vous déroutent, sachez que mon affection reste vivante — quelque part en moi.
Aidez-moi à préserver ma personnalité. Si je ne peux plus utiliser de couverts, ne me nourrissez pas tout de suite. Proposez d’abord des aliments que je peux manger avec les doigts. Peut-être que je peux encore y arriver, à ma manière.
Offrez-moi votre main avant vos explications. Quand je suis anxieux, triste ou perdu, écoutez sans minimiser ni rationaliser. Prenez ma main. Restez près de moi. Ce geste parle plus fort que mille mots.
Parlez-moi avec respect. Même malade, je ne suis pas un enfant. Parlez-moi avec douceur, mais sans condescendance. Je reste un adulte digne d’attention et de considération.
Gardez vivant ce que j’aimais. Même avec la démence, certaines passions peuvent perdurer : lire, écouter de la musique, marcher, chanter… Aidez-moi à retrouver, même fragilisé, le chemin vers ces anciennes joies.
Faites appel à mes souvenirs heureux. Demandez-moi de vous raconter une histoire, un souvenir marquant ou une anecdote. Vous pourriez être surpris par la précision de mes réminiscences, même si le présent m’échappe.
Prenez le temps de comprendre mon agitation. Si je deviens agité ou remué, il y a une raison. Essayez de deviner ce qui me trouble : un inconfort, une douleur, un besoin inexprimé. L’agitation est souvent une manière de dire ce que je ne peux plus mettre en mots.
Traitez-moi comme vous aimeriez être traité. Je suis encore une personne entière. Ce que je traverse pourrait vous arriver aussi. Entourez-moi de la patience, de la tendresse et du respect que vous souhaiteriez recevoir.
Anticipez mes besoins non exprimés. Je peux avoir faim sans savoir le dire. L’irritabilité ou l’anxiété sont parfois les seuls signes. Prévoyez des collations. Ce simple geste peut prévenir bien de la détresse.
Ne parlez pas de moi comme si je n’étais pas là. Même silencieux ou semblant absent, je peux encore vous entendre. Parlez avec moi, pas de moi. Mon humanité mérite votre regard direct et votre voix claire.
Ne portez pas ce fardeau seul. Si vous ne pouvez pas m’assister à chaque instant, ce n’est pas de votre faute. Vous n’y êtes pour rien. Reposez-vous, demandez de l’aide, trouvez un lieu adapté. Vous faites déjà tellement.
Rendez-moi visite aussi souvent que possible. Si je vis en établissement, votre présence est précieuse, même si je ne la reconnais pas toujours. Elle m’ancre, me rassure et me relie au monde.
Soyez indulgent envers mes erreurs. Je peux confondre les noms, les visages, les lieux. Ce n’est pas de la négligence — c’est ma mémoire qui défaille. Respirez profondément. Pardonnez-moi, en silence.
Laissez-moi entendre ma musique. Les chansons que j’aimais peuvent raviver une étincelle. Mettez-les à ma portée. Elles me parlent dans une langue que la démence ne peut effacer.
Respectez mes gestes, même s’ils vous semblent étranges. Si je prends des objets, les déplace ou les serre contre moi, ne me les enlevez pas. Aidez-moi à les remettre en place sans me frustrer. Ces rituels me donnent une structure.
Ne me tenez pas à l’écart des moments de vie. J’ai peut-être du mal à suivre, mais je peux encore ressentir la chaleur d’une célébration, la joie d’un rire, le réconfort d’un repas de famille. Ne m’excluez pas. Incluez-moi, autrement.
Une simple caresse peut tout changer. Un regard tendre, une main sur mon épaule, un sourire sincère… Ces gestes parlent encore à mon cœur, même si mes mots se sont égarés.
Souvenez-vous de qui je suis. Derrière la confusion, derrière les absences, je suis toujours moi. Peut-être plus lent, plus fragile, plus silencieux… mais toujours la personne que vous avez connue, et que vous aimez.
Texte de Sébastien Xhayet
Source : VoxSpiritus
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